Batterie de Cornouaille, pointe de Cornouaille
Batterie de Cornouaille, pointe de Cornouaille (batterie, 4e quart 17e siècle) fait partie du patrimoine de Roscanvel (Finistère) décrit par l'Inventaire du patrimoine de la Région Bretagne.
| Dénomination | batterie |
|---|---|
| Datation | 4e quart 17e siècle |
| Lieu-dit | Pointe de Cornouaille |
| Matériaux | gneiss, maçonnerie, granite, pierre de taille |
| Statut | propriété d'un établissement public |
| Domaine | architecture militaire |
| Référence | IA29001332 |
Historique
Un projet de fortification de l'ingénieur Sébastien Le Prestre de VaubanProgrammés par Sébastien Le Prestre de Vauban en mai 1683, les travaux de la batterie de Cornouaille débutent fin 1684, d’après le devis initial de l'ingénieur Garengeau (1647-1741), par le déroctage de la falaise à la mine afin d’aménager une vaste plate-forme. Faute de fonds disponibles du fait de l’aménagement de l’arsenal et de la coûteuse batterie de Léon (en vis-à-vis dans le goulet), les travaux sont rapidement stoppés, mais reprennent après l’épisode malheureux de la bataille navale de La Hougue dans le Cotentin en juin 1692. La construction, supervisée par les ingénieurs Paul-Louis Mollart (1649-1713) puis Jean-Pierre Traverse (mort vers 1720) à partir de 1692, est achevée à la fin de l’année 1696. Dès juillet 1694, l’ouvrage est notamment armé – à titre expérimental – par huit canons de 60 livres de balle (le plus fort calibre en service à l’époque). "La grande batterie de Cornouaille n’est pas achevée ; il manque encore beaucoup de maçonnerie à ses parapets et à son revêtement, beaucoup de roc très dur à escarper et des bâtiments à faire qui demandent qu’on y travaille actuellement. […] Au reste, il se peut que dans l’achèvement et la garde des forts et batteries énoncés en ce mémoire, la Terre et la Mer n’y soient fort mélangées : la Terre pour le travail, la garde et le service du canon, suivant les besoins et les lieux qui seront occupés par les troupes de terre, et la mer pour la même chose, notamment pour le principal service des batteries, en quoi les canonniers et soldats de la marine sont beaucoup plus adroits que ceux de terre ; outre que si l’on veut diligenter les ouvrages, il en faudra nécessairement tirer les poudres nécessaires à rompre le roc, les plates-formes, les affûts et le canon, de même que toutes les ferrures dont on aura besoin et beaucoup d’autres minuties qui se trouveront plus facilement dans l’arsenal et à meilleur marché que partout ailleurs, avec tous les ouvriers nécessaires à les mettre en œuvre, adroits et bien instruits. […] Comme tout cela n’a pour but que le service d’un même maître, la conservation de la plus belle partie de la marine, elle ne doit faire aucune difficulté d’y contribuer en ce qu’elle pourra de ses ouvriers et de ses matériaux". Vauban, Mémoire qui prouve la nécessité de mieux fortifier les côtés du goulet de Brest qu’ils ne l’ont été par le passé ; l’utilité et l’épargne qui en reviendrait au roi, 1695.Dans l’esprit de Vauban, les batteries de Beaufort et de Cornouaille forment, comme il l’écrit, un tout cohérent "comptant celle de Beaufort comme faisant partie de celle de Cornouaille, à laquelle elle sera vraisemblablement jointe". En 1695, cet ensemble compte au total cinquante canons. Si la batterie de Cornouaille comporte bel et bien 36 embrasures plongeantes, quoique l’armement pour cette dernière se limitât toujours à 30 pièces d’artillerie (de 24 à 60 livres de balle), les projets de casernements en partie basse et de batterie haute de bombardement accompagnée de "branches tombantes crénelés" sont abandonnés. Un "corps de garde et logement", dont le plan est sensiblement le même que celui de 1696, est proposé en vain par l’ingénieur Frézier en novembre 1744. L’heure est à l’économie, et ce malgré le double emploi affirmé de cet édifice : "pour les canonniers pendant l’été lequel servira de hangar à mettre les affûts à couvert pendant l’hiver et les mauvais temps où la batterie n’est pas armée". Seules des dépenses strictement indispensables pour les ouvrages existants sont engagées à l’instar du nouveau magasin à poudre et d’un "bout" de plate-forme en pierre de taille. Des latrines, accessibles par une embrasure (la seule qui soit dans son état d’origine permet d’apercevoir les joues d’embrasure en granite), ont été accolées à l’extrême ouest de la batterie. Au sommet de la falaise, une grande bâtisse orientée nord-sud a néanmoins été construite dans le premier quart du 18e siècle ; on y trouve "[le] logement du gardien des batteries, [une] cour de décharge au bois, [une] chambre d’officier, [un] magasin aux vivres, [un] corps de garde [et le] logement des gardiens entretenus pour faire les signaux". Une batterie dite "batterie des signaux" est également mentionnée sur la falaise durant la guerre de Sept Ans (1756-1763). De nouvelles implantations aux 19e et au 20e sièclesLégèrement en arrière de la position, une tour-modèle 1811 pour 60 hommes, dont l’armement régulier consiste en quatre canons de 24 livres ou de 16 livres, est construite en 1813 afin de protéger les accès des batteries de Cornouaille et de Beaufort.L’obturation des embrasures de la batterie basse, très soignée, en pierre de taille de granite de l’Aber-Ildut, a été réalisée entre 1791 et 1807 (Jadé, 2016). Cette modification a pour but de permettre le tir à barbette, c’est-à-dire au-dessus du rempart. D’après l’Atlas de mise en état de défense des côtes de l’Empire français (1858), la batterie de
Description
La batterie d’artillerie de Cornouaille est implantée au pied de la pointe homonyme, face au fort du Mengant. Son accès se fait par un chemin, puis un escalier monumental longeant la falaise au sud. Les vestiges d’une porte sont visibles en léger surplomb de la batterie.De forme elliptique, la batterie se compose d’une vaste plate-forme obtenue par un déroctage massif de la falaise, soutenue et protégée du côté de la mer par une escarpe surmontée d’un parapet long de 200 m environ.Cette escarpe à léger fruit se compose d’une maçonnerie complexe :- sur toute la longueur de la batterie, un soubassement en gradin en pierre de taille de granite gris (provenant de l’Aber-Ildut) sur trois voire quatre assises ;- à intervalle régulier, sous chaque merlon, des chaînages en pierre de taille alternant carreaux et boutisses ;- entre les chaînes harpées en granite, un remplissage en maçonnerie de moellon de gneiss de couleur foncée, presque noire (d’origine proximale, c’est à dire issu du déroctage de la falaise) ;- derrière l’escarpe, un fourrage de maçonnerie faisant la liaison avec la falaise déroctée.Au-dessus du cordon en granite (sorte de moulure circulaire formant une arase horizontale), le parapet vertical en maçonnerie de moellon de gneiss, sommé par une tablette en pierre de taille de granite, est rythmé par trente-six embrasures encadrées de pierres de taille de granite. Toutes les trois embrasures, des gargouilles permettent d’évacuer les eaux de pluie et de ruissellement de la plate-forme (quelques gargouilles moulurées subsistent encore).Des feuillures latérales - observées sur certaines boutisses en granite du chaînage de l’escarpe - témoignent de la présence originelle d’un enduit sur la maçonnerie de moellon de gneiss ce que confirme l’observation de traces d'enduit ocre rouge, du type de celui de la Tour Vauban à Camaret. Les merlons du parapet étaient également enduits. Un état sanitaire alarmantAchevée il y a 330 ans (1696/2026), la batterie de Cornouaille est régulièrement soumise à de fortes houles voire à des tempêtes. Déclassée militairement, la batterie n’est plus entretenue depuis plus de 100 ans. Caniveaux et gargouilles ne fonctionnent plus. Les eaux de pluie et de ruissellement s’écoulent difficilement dans la mer du fait de la présence d’humus et d’une végétation importante sur la plate-forme.Deux brèches sont visibles au centre et à l’ouest de l’escarpe de la batterie. Elles se caractérisent par la disparition du remplissage en moellon suivie par la disparition progressive des chaines harpées en pierre de taille de granite. Paradoxalement, ces "manques" permettent d’observer - à la manière d’une coupe archéologique - l’intérieur de l’escape et de mesurer l’ampleur des travaux de déroctage qui ont été nécessaires pour la construction de l’édifice.Dans les deux cas, une partie du cordon et du parapet est soutenue par des poteaux en béton armé [1999]. La brèche ouest n’est "stabilisée" que par la présence d’étais métallique de chantier.La brèche ouest est la plus importante en longueur : deux chaînes harpées en pierre de taille de granite et trois espaces intermédiaires de maçonnerie de moellon de gneiss sont manquants.La brèche centrale est moins importante en longueur, mais semble plus inquiétante : une chaîne harpée en pierre de taille de granite et deux espaces intermédiaires de maçonnerie de moellon de gneiss sont manquants. La brèche s'est agrandie durant la tempête Ciarán dans la nuit du 1er au 2 novembre 2023 : les matériaux de la plate-forme s’échappent désormais par la brèche et le parapet menace de s’effondrer.Une plate-forme, un parapet et des infrastructures qui témoignent de l’évolution de l’armementLa plate-forme a fait l’objet d’un important travail de nivellement. Les travaux de recherche des membres de l’association "1846. La fortification du XIXe siècle : connaître et partager" ont permis de mettre en évidence l’évolution de l’armement de la batterie de Cornouaille.Les embrasures de la batterie de Cornouaille, murées en maçonnerie de pierre de taille de granite et la transformation du parapet (épaississement et reprofilage) témoignent du passage de canon sur affût de bord à des affûts de côte à châssis pivotant pour tirer à barbette (c’est-à-dire au-dessus du parapet). Ces modifications [datées entre 1791 et 1807] ont permis d’armer la batterie par dix-huit canons de 36 livres, puis neuf canons de 30 livres et neuf obusiers de 22 cm.L’embrasure située la plus à l’ouest demeure dans son état d’origine : elle servait d’accès aux latrines.Derrière le parapet sont visibles d’autres emplacements de tir :- pour trois canons de marine rayés de 19 cm modèle 1864-66 (des petites encoches en brique et ciment sont visibles dans l’épaisseur du parapet) [1874] ;- pour quatre canons Hotchkiss de 47 mm à tir rapide (deux ensembles de deux sous-sellettes) [1892-1893] ; un magasin à munitions et un hangar à matériels sont construits.- pour quatre mitrailleuses (quatre emplacements bétonnés
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Voir aussi : que faire à Roscanvel · patrimoine du Finistère
Sources : Inventaire du patrimoine culturel, Région Bretagne (patrimoine.bzh), Licence Ouverte. Informations publiques mises à jour automatiquement : vérifiez dates, horaires et conditions d'accès auprès de l'organisateur ou de l'office de tourisme avant de vous déplacer.
